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Dimanche (30 août 1914)
Mon
petit Reynaldo,
Puisque
je ne pourrai pas aller à Melun, je crois que je partirai
pour Cabourg, si toutefois les trains marchent. La seule raison
qui me retenait était ma belle-sur et sa fille. Mais
elles sont à Pau. Les endroits paisibles ne sont pas accessibles
aux gens comme moi qui ne peuvent faire de longs trajets en chemin
de fer
Mon cher Reynaldo, quel bonheur ce sera de se revoir quand ces jours
affreux seront finis et si nous n'avons pas trop d'amis à
pleurer. D'ailleurs je pleure aussi bien les inconnus. Je ne vis
plus
.
Je crois que je peux très bien emmener à Cabourg dans
les temps actuels Madame Albaret qui m'a offert de revêtir
des vêtements masculins ce que j'ai refusé, mais qui
jouerait fort décemment les comtesses Chevreau.
Mon
petit Reynaldo j'espère de tout mon cur malgré
vos velléités que vous resterez à Melun, ou
que vous n'en quitterez que pour aller à Bordeaux ou à
Toulon. Et puis que nous nous embrasserons tous à Paris quand
ces méchants seront vaincus. En attendant ils font bien du
mal aux gentils Français.
Votre
Marcel
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